Comment (et quand) préparer un potager ?
Quoi planter, quand planter, où planter, ne pas se planter… Jardinier rigoureux ou flâneur de plate-bande, on se demande tous comment ça pousse. Se perdre dans la masse d’informations présente sur le web, rien de tel pour vous priver des bons légumes bio et du moment détente du jardin. Ici on vous aide à préparer un potager selon votre climat et votre sol, mais surtout selon vous !

1 – Que voulez-vous ?
Selon vos désirs, vous ferez des choix différents pour votre potager. Ils peuvent bien sûr évoluer avec le temps, mais pour tenir sur la durée sans frustration, il est bon se savoir pourquoi on jardine. Votre potager correspond à vos envies et au temps que vous voulez, ou pouvez y consacrer.
Nourrir le foyer
Pour que votre potager fournisse une partie des légumes que vous mangez, alors plantez ce que vous aimez. Si vous respectez leur besoin, vous serez gratifié de beaux légumes : un gain d’argent et en qualité d’alimentation. Pour ce faire :
- Commencez par 2 ou 3 cultures différentes si vous avez peu de temps à y consacrer
- Choisissez des cultures à hauts rendements si vous avez peu d’espace (tomates, haricots, courgettes, concombres, etc.). En plus, certaines se cultivent verticalement.
- Donnez tout pour les heureuses élues. Renseignez vous sur ces cultures en particulier et réunissez les conditions favorables. Soleil, amendement du sol…
Dans certains sols et sous certains climats, il est difficile d’obtenir une récolte abondante de certaines cultures. Difficile n’est pas impossible, certes ! Mais par exemple, vous raffolez des épinards et vivez dans une garrigue méditerranéenne : il vous faudra trouver un coin frais, au sol riche pour les planter.
Si vous êtes déterminé, vous vous lancerez peut-être dans un plan de culture. Cet outil facilite grandement l’organisation du potager : rotation, association de légumes, date de semis, etc. Vous pourrez également annoter ce document et affiner les quantités et les dates de plantations au fil des mois. De cette manière,vous vous rapprochez petit à petit de l’autonomie alimentaire. Rendez-vous sur cet article qui détaille comment réaliser un plan de culture.
Faire des expérimentations
Le potager est un lieu ludique par excellence.
Tester au fil des saisons quelle variété correspond le mieux à votre sol, à votre climat, à vos goûts… C’est une aventure nourrissante, dans tous les sens du terme.
Les recommandations générales que vous trouverez sur internet ne sont pas adapté à votre cas précis. Beaucoup de facteurs entrent en compte lorsqu’une plante pousse. Le sol, les apports, l’eau et le climat sont primordiaux, le vivant est si complexe ! Microclimat, mycorhize, accessibilité des nutriments, hybridation… Le risque de se décourager ou de se perdre dans la théorie est grand.
Alors, un conseil : observez par vous-même. Testez, essayez, réessayez. Petit à petit, vous aller acquérir une connaissance intime et singulière du potager.
Avec un tel objectif, il est conseillé de noter vos expériences. Notez la date de semis, de transplantation, la variété, l’arrosage, les perturbations (vent, gel, canicule, etc.). Et pourquoi pas les perturbations humaines également : sarclage, binage, piétinement, etc. Selon le degré de complexité que vous désirez pour préparer un potager. Vous pourrez ensuite voir des liens entre différents évènements et tirer des leçons des erreurs.
Pour pousser, il faut se planter !Prendre soin de soi
Une envie de préparer un potager peut être le symptôme d’un besoin de s’ancrer. Rien de tel que le jardinage pour oublier ses tracas, prendre le soleil et ainsi se revigorer. Des études scientifiques ont démontré les bienfaits du jardinage sur la santé Il vous suffit de vous laisser guider par vos envies. Dans cette optique de bien-être, vous pouvez :
- Choisir des légumes que vous aimez particulièrement, ou dont la méthode culture vous plaît (fraise en bac, tomates sur tuteurs, pyramide de haricot, etc.)
- Planter des fleurs, des aromatiques, et des arbustes à petits fruits. En plus d’augmenter la biodiversité, vous augmenterez les plaisirs sensoriels
- Opter pour des plantes vivaces : plantez une fois, récoltez plusieurs années. Grâce à eux, moins de désherbage, plus de récolte. Il y a notamment le céleri, l’artichaut, ou encore les fraisiers.
Ici, le tout sera de ne pas se mettre la pression. Pour profiter de toutes les vertus de cette activité physique et manuelle au grand air, préparer un potager quand vous en avez l’envie.
2 – Qu’avez-vous à votre disposition ?
Maintenant que vous savez pourquoi vous le faites, nous allons observer comment cela va être possible. En fonction :
- de l’environnement
- du sol
- des expositions
L’environnement immédiat
Qu’est-ce qui environne votre potager ? Les infrastructures, les éléments naturels, le voisinage aux alentours, délimitent l’espace. Ils constituent des contraintes ou des possibilités en adéquation, ou pas, avec votre envie de potager.
Question de point de vue.
Prenons l’exemple d’une route passant en bordure de votre potager.
Dans l’idée d’un coin de paradis pour se ressourcer, c’est dommage. Cependant, installez des parois le long de cette bordure (treillis, grillage, canisse) et vous gagnerez en intimité. Des zones de cultures verticales sont tout à coup disponibles pour une vigne ! Ou peut-être une des haricots ? Ou les deux ?!
Une forêt ou encore un lac à proximité offrent un micro-climat rafraîchissant. En climat sec et chaud, les légumes supportant mal les chaleurs estivales se plairont de ce côté.
À l’inverse, un zone bétonnée accumulera la chaleur en journée et la restituera en soirée. Cet endroit sera propice aux légumes du soleil (aubergine, melon, tomate, etc.).
N’hésitez pas à demander l’avis d’une tiers personne, c’est toujours intéressant, surtout s’il connaît le lieu : un voisin, un ancien locataire, etc.
Le sol
Voyons comment se faire une idée de la qualité du sol. Sans rentrer dans le détail de la chimie du sol, cela prendrait des heures. Selon le résultat, vous saurez si elle est favorable à tel ou tel légume, ou plutôt dure à travailler. À vos pelles !
- Faites un trou de 20x20x20cm environ et retirez la motte. Sous l’herbe, la première couche sombre, c’est l’humus, cette matière organique décomposée, Saint Graal du jardinier ! Noire, riche et meuble, plus cette couche est grande, mieux c’est.
- En dessous, la terre est-elle compacte ? Collante si elle est humide ? Cela dénote la présence d’argile. Un outil indispensable dans le cas d’une terre compactée, c’est la grelinette.
- Friable ? Cela indique la présence de sable.
- Foncé ou clair ? Si la terre est foncée, c’est sûrement grâce à des matières organiques en décomposition. Bonne nouvelle.
- Orangé ? C’est le signe de la présence de fer dans le sol. Au contact de l’eau, il s’oxyde et devient rouille. Donc, il y a du fer et de l’eau.
- Verdâtre ou bleutée ? Cela annonce une asphyxie de la vie du sol. Des bactéries anaérobies prolifèrent car la terre n’est pas assez aérée. Pas bon !
Le (fameux) test du boudin : Manipulez la terre dans votre main. Essayez de former un boudin, rajoutez un peu d’eau si nécessaire. Plus le boudin est flexible, et peut former un U voir un donut, plus il est composé d’argile. Plus le boudin est friable, plus il est composé de sable ou de limon. Découvrez ici le test du bocal, vous aurez une idée plus précise de la proportion de chaque élément.
Le sujet du sol est complexe mais primordial. Une fois que vous avez une idée du votre type de sol, faites des recherches sur celui-ci. Argileux, limoneux, sableux, ou un peu des trois ? Cherchez ensuite quels légumes préfèrent/détestent ce type de sol.
Les expositions
À quoi votre potager est-il exposé ?
Le soleil est essentiel. Il détermine l’orientation des zones de cultures, le choix des végétaux, leur agencement, et bien d’autre choses.
- À l’aide d’une boussole, trouvez le sud. C’est à cette direction que les plus gourmands en lumière et chaleur devront faire face. Un mur exposé au sud crée une zone plus sèche et chaude… à bon entendeur !
- Identifiez également les zones les plus fraîches, à proximité d’un arbre ou d’un point d’eau. Ces zones plairont à certains de vos légumes.
Le vent est asséchant. Il va donc évaporer l’eau que transpire les plantes ainsi que la surface du sol. Si vous êtes dans une région venteuse ou manquez d’eau, protégez votre potager du vent dominant, avec des parois ou en plantant une haie brise-vent.
Les précipitations se font rares.
Si vous êtes dans une région pluvieuse, petit veinard, vous serez moins affecté par la sécheresse. Profitez de cette aubaine pour récupérer l’eau de pluie, celle qui coule des toitures. Arroser le potager à l’eau de pluie réduit fortement la facture d’eau.
Les pollutions sont aussi à prendre en compte. Hélas, il est rarement possible d’y échapper, mais une détox saisonnière amoindrie le problème. Plantez un engrais vert, type phacélie, pour le couper et le jeter aux déchets verts ensuite. Et si vous y êtes particulièrement exposé, certaines plantes absorbent les métaux lourds, comme le trèfle d’Alexandrie (Trifolium alexandrinum).
3 – Quand préparer un potager ?
En automne, le top
Quand on pense « préparer un potager », on pense « enrichir la terre ». Si vous avez la possibilité de le faire dès l’automne, c’est le top. Un amendement de fumier augmentera la quantité de matière organique du sol, ce qui plaît à beaucoup de légumes.
Pensez aux engrais verts : ils captent les nutriments et évitent qu’ils soient perdus après les récoltes. Ils maintiennent en vie les bactéries et les champignons du sol.
La vie du sol continue lentement pendant l’hiver. Elle s’activera plus rapidement et vous perdrez moins de nutriments entre deux été si vous couvrez, amender ou planter des engrais verts.
À faire en hiver pour préparer un potager :
- Éviter le tassement : délimitez les circulations le plus tôt possible. En plus vous y verrez plus clair.
- Apporter du compost de fumier : frais si vous n’en avez pas de composté (18 mois dans l’idéal), sans l’enfouir ! Le compost de fumier de cheval (avec la paille) est le plus apprécié, mais tous les fumiers sont les bienvenus au potager.
- Pailler la terre au lieu de la laisser nue. Si vous n’avez pas la possibilité de planter des engrais verts, mieux vaut couvrir le potager durant l’hiver. Paille, fumier, foin (le plus équilibré), broyat, mulch, … ce que vous avez de plus accessible.
Laissez les herbes spontanées poussées est le plus simple, mais vous oblige à les retirer au moment de planter.
En hiver, quand on s’ennuie
C’est durant l’hiver que vous avez la disponibilité de préparer un potager.
Cependant, selon votre région, il sera peut-être contre-productif de s’activer dans le froid. A moins que votre objectif soit de faire du sport de manière utile, dans ce cas c’est parfait. Les régions froides voient l’activité biologique réduite à la quasi immobilité, votre totale en cas de gel. Vous pouvez alors appliquer les conseils de la partie précédente.
Pour les engrais verts, si vous êtes dans une région à hiver rigoureux, il risque de ne pas se développer. Mais vous pouvez toujours essayer. Comme dit plus haut, les conseils trouvés sur internet ne sont que des recommandations générales. 😉
Au printemps, il est toujours temps
Vous pouvez également anticiper quelques semaines avant le début des plantations. Étaler du carton ou une bâche opaque sur vos zones de culture sera le moins fatiguant. Mais pour chouchouter votre sol, optez pour un paillage bien épais. Paille, foin, broyat de bois, ce que vous avez de plus accessible. Une préférence pour le foin et son rapport carbone/azote le plus équilibre, à en croire Didier Helmstetter. Le paillage pour être effectuer à toutes saisons, surtout sur une sol nu. Voici les avantages et les inconvénient pour vous aider à choisir entre bâche ou paillage.
- Pour planter à la volée ou en rang : cartons et bâches seront plus faciles à mettre et à retirer. Au moins trois semaines de couverture sont nécessaires pour faire mourir les herbes en dessous. Cependant, une longue période sous couverture assèche le sol. Si vous habitez en région sèche, les pluies du printemps sont essentielles. Retirez la couverture à ce moment là, ou optez pour le paillage.
- Pour installer les jeunes plants de légumes, issus de vos semis ou achetés en jardinerie : écarter un peu le paillage et planter vos plants. Le paillage est une solution bénéfique pour le sol, il va nourrir les champignons et les bactéries, grâce auxquels vous aurez un sol riche, bien aéré et qui retient l’eau. Il doit être bien épais pour empêcher les herbes spontanées les plus costaudes de pousser, celle-là même qui sont dur à désherber.
- Une bâche trouée a les mêmes avantages que le paillage, elle évite le désherbage entre les plants. C’est une bonne solution si vous n’avez pas suffisamment de paillage.
Pour finir, sachez que paillage, bâche ou autre retarde le réchauffement du sol au printemps. Optez pour la bâche noire. Elle absorbe la chaleur et réchauffe le sol, tout en faisant cuire les herbes sauvages. Mais pour cela, il faut qu’il fasse beau.
Et si l’envie vous prend soudainement, il est tout à fait possible de planter sans préparation. Semer à la volée, en rang, ou planter des semis déjà développés dans la terre désherbée (ou pas) : libérez vous des on-dits !
On ne risque pas grand-chose de tenter sa chance. Qui sait, sur un malentendu… Et là, miracle, ça pousse !
Préparer un potager : en résumé
Il est toujours temps de préparer un potager. Selon la raison qui vous motive, votre environnement et votre sol, choisissez quelques légumes si vous débutez.
Si vous êtes plus ambitieux, un plan de culture sera un bon outil. Ensuite, répandre du compost, du fumier ou planter engrais vert est bienvenu à l’automne.
Enfin, avant de planter, bâches, cartons ou paillage épais feront mourir les herbes sauvages au printemps.
Le vivant recèle bien des mystères. Essayez de tout contrôler, de tout prévoir, et vous passerez à côté. La nature sait mieux que nous comment être abondante.Rédigé par Eva Molinier, rédactrice web Purple Web
La source principale de cet article, ma bible en matière de potager : Réussir son Potager du Paresseux, de Didier Helmstetter, Editions Tana, 2020.